Une situation sociale dans le rouge

Publié le par Jean Mallot

Le discours de Toulon, au-delà des postures et des incantations sonne comme un constat d’échec, au regard des objectifs d’intérêt général et de la réalité sociale. Depuis 16 mois, la droite multiplie les mesures clientélistes, ne conçoit la réussite qu’à l’aune de l’argent divise le corps social, développe les stratégies de boucs émissaires, méprise le monde du travail, contourne ou ignore les organisations syndicales. 16 mois après l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, le slogan illusoire « travailler plus pour gagner plus » montre toute sa vacuité.

 

Depuis 4 mois, la panne des créations d’emplois est une réalité. Le pouvoir se contente d’acter cette panne, se résignant à l’hypothèse de créations de 50 000 emplois, tout au plus, pour 2009. Nous sommes face à un retournement du marché du travail, qui s’explique à la fois par la chute de la croissance, la crise du pouvoir d’achat et les conséquences de la loi TEPA. Comme l’indique la Cour des Comptes, la loi TEPA se caractérise par un gouffre pour les comptes sociaux et une incitation financière à la destruction d’emploi, par le jeu des heures supplémentaires défiscalisées. Au-delà des chiffres du mois d’août, la perte continue d’emplois industriels au rythme de 15 à 20 000 par trimestre est à l’origine de l’amplification des plans sociaux en cours. Cette situation est d’autant plus inacceptable que l’effet du papy-boom entraîne plus de 750 000 départs en retraite par an, soit 50 % de plus qu’à la fin des années 90, et que des générations peu nombreuses arrivent sur le marché du travail.

 

La dérégulation du droit du travail au nom de la multiplication des heures supplémentaires défiscalisées provoque en particulier un regain de chômage chez les jeunes et méprise la réalité. Aujourd’hui, les salariés à temps plein travaillent en moyenne 41 heures par semaine. Quant aux salariés à temps partiel ou à statut précaire, ils reçoivent le discours sur la volonté de démantèlement des 35 heures comme une imposture, au regard de leurs contraintes (souvent moins de 25 heures hebdomadaires de travail).

 

La chute du pouvoir d’achat concerne les ménages modestes, l’immense majorité des salariés, les titulaires de minima sociaux, plus de 80 % des retraités. Cette baisse est actée pour l’année 2008 par un pouvoir qui n’a rien de pérenne à proposer, au regard d’une inflation annuelle de plus de 3 %. Aujourd’hui, plus de 4 salariés sur 10 perçoivent moins de 1400 euros mensuels. Le nombre de salariés rémunérés en dessous du Smic -1 sur 3 – conduit à une banalisation du Smic.

 

Les injustices sociales et fiscales se creusent. La montée de la précarité atteint des sommets avec plus des 2/3 des emplois créés à titre précaire cette année. Le RSA tel qu’il est conçu aujourd’hui et en raison de la faiblesse même de son financement accentuera le processus, tout en exonérant les plus riches de toute contribution grâce au bouclier fiscal. En outre cette réforme n’est précédée d’aucune évaluation sérieuse des expérimentations départementales. Elle n’offre aucune garantie en termes d’accompagnement pour sortir de la précarité et aucune solution pour les jeunes de moins de 25 ans.

 

La multiplication des niches fiscales et sociales - plus de 110 milliards au total - renforce les inégalités et casse définitivement toute progressivité de l’impôt. Le paquet fiscal fragilise les comptes publics et constitue une incitation financière à la destruction d’emplois via les heures supplémentaires défiscalisées. L’instauration du bouclier fiscal à 50 % contraindra cette année le trésor public à restituer 500 millions d’euros minimum à quelques milliers de fortunés alors que le déficit budgétaire se creuse chaque jour davantage. 500 millions d’euros représentent près des 2/3 du montant des franchises médicales.

 

Ces franchises médicales fragilisent les plus précaires et les malades atteints de maladies chroniques. Elles correspondent à une logique absurde qui viserait à faire financer la recherche contre la maladie d’Alzheimer par l’inflation des dépenses de santé supportées par les cardiaques et les diabétiques. Elles conduisent à une impasse puisque les recettes ne sont pas fléchées. Le contrôle social exercé sur les chômeurs destiné à débusquer une prétendue fraude, au demeurant très marginale, frise l’indécence et ne réussit pas à masquer les dégâts d’une fraude fiscale –bien réelle- qui dépasse les 35 milliards d’euros par an, selon le SNUI et bénéficie, dans 95 % des cas, aux plus favorisés. Les déficits des comptes sociaux tournent autour des 10 milliards par an. La dette sociale cumulée approche les 100 milliards ; ce sont les générations actuelles qui subissent les déremboursements et les forfaits ; ce sont les générations futures qui paieront l’addition. La stagnation annoncée des créations d’emplois va aggraver les déséquilibres.

 

La grande pauvreté s’installe. Plus de 100 000 SDF ; près de 4 millions de mal-logés avec une loi SRU de plus en plus contournée, ; près de 8 millions de pauvres, dont 1 million de personnes âgées et près de 2 millions d’enfants. Telle est la situation d’une France inquiète et déçue dans laquelle 85% de la population redoute que ses enfants connaissent un jour la pauvreté ; d’un pays où le surendettement touche désormais les couches moyennes, ; où 14 % de la population renoncent à se soigner faute de moyens financiers suffisants ; où près de 4 Français sur 10 retardent ou hésitent à accéder aux soins ; où les dépassements d’honoraires compromettent la santé publique. Sans parler de l’extension des maladies professionnelles liées, à la détérioration des conditions de travail, et à l’aggravation de la pénibilité, parmi toutes les catégories de salariés, cadres compris.

 

Le contexte économique international est inquiétant. La crise bancaire s’approfondit et concerne désormais le système assurantiel. Elle percute et percutera l’économie réelle dans les mois à venir par l’intermédiaire du resserrement du crédit, des risques accrus de surendettement des ménages, des anticipations à la baisse de tous les acteurs.

 

Pour autant, les mauvais résultats constatés aujourd’hui, l’absence de marges de manœuvre financières, proviennent essentiellement des choix politiques imposés depuis 16 mois par une majorité présidentielle qui divise les Français appauvrit le pays, gaspille toutes les marges de manœuvre (niches fiscales et sociales, bouclier fiscal, franchises médicales). Les contre-réformes sociales conduites génèrent l’injustice et l’impuissance face aux effets de la crise et de l’échec du modèle économique libéral, dont le Chef de l’Etat est le premier garant politique.

Publié dans A l'assemblée

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